Michel Houellebecq / Bernard-Henri Lévy : Ennemis publics

Publié le par Biou Sphere

La lecture du livre est ardue.

Je ne suis ni en cinquième année de philo, ni en terminale L, et je ne fais pas partie de l’intelligentsia littéraire mondaine. Mon cerveau nécrosé par des années de boulot bétifiant ne réfléchit plus beaucoup et mes références littéraires en comparaison de celles de ces deux monstres de l’écriture sont bien pauvres. (dernière lecture : la prophétie des Andes de James Redfield)

BHL, le grand pourfendeur d’idées et d’injustices s’enflamme, s’indigne, veut convaincre, il est dans le livre comme il est à la télé : flamboyant, idéaliste, aérien. C’est un intellectuel qui aime l’adrénaline. Baroudeur aventurier : engagé, humaniste à la « Malraux ». Guerrier de la cause « juste » qui peut le conduire parfois à moraliser, à juger ses congénères.

MH, le cynique, celui qui semble se foutre de tout, bonhomme, concède qu’il est détestable et que ça se comprend. Que son non-engagement n’est pas très « engageant » mais il campe sur ses positions. En homme de tempérament terrestre il ne transige pas non plus. Son argumentation est très « bulldozer » et balaie aisément les emportements de BHL. On est parfois saisi par un argument inébranlable, surprenant. Sans faille mais déplaisant.

Les deux sont à la fois communs dans leur amour de la littérature française (ils citent à tour de bras les Proust, Baudelaire, Flaubert, Camus et Céline, … ceux qu‘on lit de moins en moins de nos jours sauf dans les lycées) et à la fois opposés en tout. Tous les deux sont victimes de leur image et/ou de leur succès. Victimes de la "meute" (la bêtise journalistique). Ils commentent largement l'opprobe et lâchent quelques anecdotes de leur vie ou de leur enfance, où se profile le père, la mère, et ce qu'ils sont devenus.

Leurs points de vue sur le monde et la manière de le voir sont très différent. N'étant pas critique de profession je livrerai juste mon sentiment à la lecture de leur débat "philosophico-existentiel".

Mon impression personnelle est que le discours de MH vient rafraîchir un peu les propos de BHL.

On n’a l’impression que BHL entretient le même discours idéologique que quand il avait trente ans et qu‘il ne voit pas le monde changer. Aussi son discours est un peu « barbant » par effet de répétition, un peu passéiste. MH semble plus moderne, plus à l’écoute de ce qui va se passer, d’ailleurs son vocabulaire m’est plus familier.

Par effet de relief, les jugements se renversent. MH semble avoir plus de compassion pour l’humanité que BHL l’humaniste, l’un l‘expérimente au quotidien alors que l‘autre la conceptualise. Ou MH l’athée malgré ses discours ultra rationnels sur la création du monde, se rapproche plus de la spiritualité qu’il n’y parait.

Autre impression, c’est que le moteur BHL semble se baser pas mal sur des hantises intimes (liées par exemple à la persécution, à l’identité ou à la peur du néant). On a du coup l’impression que MH est moins effrayé, lui qui n’a jamais fait du « terrain », n‘a jamais été en Tchétchénie, n‘a jamais côtoyé Massoud sous les bombes, n‘a jamais été au Darfour en temps de guerre ou je me trompe (il fait plutôt écrivain « rangé » sagement en Irlande). Etrange renversement de situation et des êtres.

Ma conclusion est juste que le livre n’a probablement pas pour but de savoir qui a gagné ou qui a raison dans ce match de boxe littéraire-médiatique-à-commenter-dans-les-dîners-mondains-parisiens, il y a des choses à saisir, d’autres à laisser… Le bouquin est à la fois intéressant et inintéressant.

Intéressant parce que le jeu de miroir BHL-MH me laisse percevoir un « prisme » chez l’un puis chez l’autre, leurs contradictions intimes, et ça me conforte dans le mystère de l’âme humaine (est-on ange ou démon? - le côté obscur de la force a-t-on dit dans la guerre des étoiles : une expression lumineuse).

Au fond on n’est jamais bon ni mauvais, on a juste envie d’être bon en pensée, en morale, en action, en écriture (saisissons cette triste réalité). Deux personnes qui cultivent l’excellence intellectuelle.

Inintéressant parce qu’à quelques moments ardus des échanges épistolaires (mail je parie) je me dis mais est-ce que ça intéresse(ra) la jeune génération ? Les références sont compliquées. Qui aujourd’hui autour de moi lit Malraux ? Comte ? Nietzsche ? (il est vrai - je suis une prolétaire de base, catégorie consommateur moyen averti; ou « ménagère de moins de cinquante ans », dirait-on en langage télévisuel - Et surtout inintéressant de ne pas intéresser notre société médiocratique.

Un livre à lire, pour ceux qui aiment BHL ou MH ou les deux, ou pour les terminale L et les étudiants de philo. Ou pour ceux qui n’aiment pas lire mais « dire » (ceux qui achètent le dernier Goncourt) comme dit Pégase. Ou ceux qui veulent assurer une conversation cérébro-mondaine.

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Commenter cet article

jayce 02/12/2008 14:22

.. j'aime pas ! ni l'un ni l'autre come ça c'est réglé... mais peut-etre un jour dans la salle d'attente de mon medecin... qui sait ! ;0)

Monsieur Snif 03/12/2008 10:42


je n'avais pas l'intention d'être impartial, j'ai une nette préférence pour Michel Houellebecq
tu n'aimes ni l'un ni l'autre... je comprends aussi ton sentiment

bien à toi et merci pour ton commentaire