Parapsy, le salon de la voyance... le salon du mal-être

Publié le par Pegase

La semaine dernière, Biou et moi avons fait un tour au salon du bien être porte de Versailles. Ce fut une promenade intéressante émaillée de Conférences sur la géobiologie et de rencontres avec des personnages remarquables par leur démarche et leur intuition percutante.
Cette semaine, nous avons décidé de nous rendre au salon Parapsy, porte de Champerret. L'atmosphère est pesante en ce lieu. Nous avons à peine fait 3 pas qu'une femme nous alpague pour nous parler de son compagnon africain créateur de bijoux en agate et fils de fer. "Il n'avait pas de billes pour jouer quand il était enfant" s'excuse-t-elle, "mais c'est un guerisseur prodigieux, si je ne l'avais pas rencontré, je ne serais plus là aujourd'hui...". Suivent quelques stands de produits naturels, de livres et de pièges à rêves indiens. Puis les premières cabines de médium, où des femmes font la queue dans l'attente d'une consultation avec d'illustres inconnus, Damien, Fabien... . Encore un stand de livres, les visiteurs ressemblent à des âmes en peine. Nous pressons le pas pour faire le tour de cette foire à la tristesse.
Nous nous installons dans la salle de conférences, le premier intervenant arrive sur la scène, s'assoie, se fige dans une posture défensive et entone un monologue monotone sur les réincarnations, les chamans et tout le saint frusquin. A peine le temps de reprendre notre souffle qu'arrive le second intervenant, accompagné de son assistante, une femme léopard trop mûre pour le rôle. L'homme se présente, c'est un chef d'entreprise qui ne dort presque pas car il passe son temps à guérir ses semblables. Il parle à Dieu et sa parole guérit. Joli programme... Très vite, il nous parle d'une femme dont il s'est occupé la veille, qui était sur le chemin de la mort. Coïncidence, celle-ci est de nouveau dans la salle, et elle fini même par se porter volontaire pour une nouvelle expérience. Elle s'assoit donc face à nous, raconte son vécu et cette sensation de résurrection qui l'habite depuis que "le producteur de vie" comme il aime à s'appeller c'est occupé d'elle. Elle insiste bien sur le fait qu'elle mourait à petit feu, il rappelle l'agonie salvatrice qu'elle a vécu la veille. Puis il se met à parler à Dieu, caressant le corps éthérique de cette femme, caricature de la miraculée. C'est là que le spectacle commence, la mourante se met à gémir, à gromeler, à se tordre de douleur et expulse un cri d'agonie digne d'une Sarah Bernhard en transe. D'un coup elle se recrocqueville et se tait. L'assistante Léopard rejoint la tragédienne, et la soutenant par le bras, la conduit près de nous. Le guérisseur théophone reprend de plus belle, il tente le miracle sur une femme qui se plein d'avoir deux entitées scotchées sur ses épaules et son crâne... par deux fois le faiseur de miracles tente de dévisser les squatters du corps de cette femme, mais celle-ci ne sent qu' un léger craquement tout au plus. Stoïque, notre héros de l'invisible, lui propose de prendre rendez-vous sur le stand pour continuer le travail en cabinet. Il poursuit de plus belle, un nouveau cobaye, italienne de 40 ans, avec des problèmes ovariens. Il tate la marchandise comme on sonde un melon et reculant d'un pas comme pour prendre de l'élan, promet que cette patiente aura une progéniture dans les 4 ans. "Je ne veux pas d'enfants... " proteste la jeune femme, "... c'est trop tard... " dit-elle. Peu importe, le verbe entre en action, il inonde nos oreilles au rythme des gestes qui dessinent un cocon autour de l'italienne. Interview vérité à la fin de la séance, le grand homme demande à sa patiente si elle souhaite dire quelque chose... "non" répond-elle. Pas du tout desharçonné, il enchaîne sur une femme à la surcharge pondérale plus que visible. Elle souffre des vertèbres... y-a de quoi. Quelques tours de passe-passe et rien, la femme ne semble pas vraiment guérie. C'est pas grave, c'est grâce aux erreurs que l'on évolue... ben il a dû progresser à pas de géant ! Avant de nous quitter, il nous présente son stock quasi-épuisé de cassettes audio, ses coffrets 5 cd tout neufs, ses stages de 5 jours sur une année, ses séminaires intensifs de 3 jours qui me font penser à du lavage de cerveau... Venez à moi bandes d'abrutis et les abrutis se lèvent comme pour danette, danette, danette... La moitié de la salle se précipite vers le marchand d'illusions, prête à échanger des billets contre un peu de parole divine.
Faisant preuve d'une résistance incroyable, nous recevons le 3e conférencier, un petit bonhomme aux muscles saillants, tout de blanc vétu, on dirait un coiffeur de chez Dessange. Il explique qu'il est medium mais qu'exceptionnellement, il ne consultera pas pendant la séance. Il veut nous parler de solitude et de liberté. Et pendant près d'une heure, c'est ce qu'il fait, en résumé, dans la vie, il faut faire des choix, ne pas accepter de vivre des situation bloquées, préférer prendre le risque de repartir de zéro. C'est un ami des bêtes, Brigitte Bardot a préfacé son livre... le micro épuisé fini par rendre l'âme. Après quelques instants de panique, le medium d'une voix claire et ferme nous conjure de bien faire attention, les salons sont pleins de charlatans, "laissez-vous guider par votre instinct", conclut-il.
Epuisés, nous restons assis à attendre la dernière conférence de la journée. Deux personnes viennent s'intaller sur l'estrade, un homme et une femme. Ils font silence pendant un long moment puis commencent à nous parler du retour du messie, de son arrivée en Angleterre en 1977, des maîtres, de Benjamin Creme, un peintre de 85 ans, prophète à ses heures perdues. Un peu saouls Biou et moi nous levons et quittons ce salon du mal-être.

Commenter cet article