« A FREE WORLD » de Ken Loach.

Publié le par Biou Sphere

Pour moi, ce film de Ken Loach est une description des classes dans la société britannique. C’est un regard brut, dur, sur l’exploitation des immigrés, clandestins ou non, couche fragilisée de la population anglaise. 
Ange employée de bureau, jolie mère célibataire se fait virer pour avoir refusé les avances sexuelles de son supérieur hiérarchique. Elle décide de créer une agence d’intérim qui vendrait du travail au jour le jour aux immigrés qui en ont besoin pour éviter l’expulsion. On découvre ici que la main d’œuvre immigrée peut devenir une manne financière pour ces boîtes de recrutement. Souvent, ils sont prêts a prendre des jobs rébarbatifs parfois dégradants humainement et ceci à un coût moindre.
C’est là qu’Ange et son amie Rose ont trouvé un « filon ». Mais Rose dont la moralité impose des limites, finira par demander à sa meilleure amie Ange de choisir entre elle ou sa course effrénée au capitalisme extrême.
Ken Loach nous décrit une Angleterre libérale, véritable jungle où les plus forts bouffent les moins forts, et les moins forts bouffent les plus faibles et ainsi de suite. Ange sera prise à son propre piège celui de la tricherie et du cynisme.
Le réalisateur est virtuose dans la description des personnages : Ange n’est jamais jugée pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle fait. Ni « bonne » ni « mauvaise » à l’origine, c’est le mercantilisme et l’illusion d’une « démocratie libérale juste » qui la pousse à exploiter les ouvriers immigrés à fond, jusqu’à imaginer de passer la frontière de la légalité pour s’enrichir sur le dos de sans-papiers clandestins. La limite est dépassée quand Rose découvre dans un journal, qu’un chef d’entreprise ayant exploité des sans-papiers a écopé tout au plus d’un « avertissement ».
Parallèlement, on découvre la fragilité de l’éducation dont bénéficie son fils Jaimie en raison de l’asservissement par le travail d’Ange, représentative de nombreuses mères célibataires actives dans nos sociétés modernes.
Personnellement, je n’ai pas vu de « chef d’oeuvre » dans ce film Ken Loach. Par contre c’est une peinture juste et vraie de nos sociétés « libérales » où l’exploitation humaine des faibles - les immigrés - par les forts demeure une réalité trop souvent cachée.

L’histoire en tout cas est prenante, on ne s’ennuie pas, et il y a du suspens, de l’émotion, des questionnements, et quelque chose qui se rapproche de la compassion vis-à-vis des personnages qui sont comme Ange, à la fois anges et démons.

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